Raull Santiago: Mon histoire avec Luiz Inácio Lula da Silva

 

Publié sur Midia Ninja le 05/04/2018,
Traduction pour le français : Maria Betânia Falcão Ferreira, membre du collectif Alerte France Brésil

Il y a quelques années, Luiz Inácio Lula da Silva est devenu le président de ce pays. C’était l’année 2003, j’avais 14 ans et le Complexo do Alemão [ensemble de treize favelas situées dans le nord de la ville de Rio de Janeiro était déjà parmi les lieux les plus dangereux de la planète.

Les logements étaient précaires, les eaux coulaient dans des fossés d’écoulement ouverts un peu partout dans la colline et avec chaque pluie forte venaient les crues qui inondaient et dévastaient plusieurs foyers de la partie la plus basse. Les taudis de la partie la plus élevée n’étaient pas épargnés : sans structure, ces logements étaient toujours construits, partiellement ou entièrement, en bois. 

Quelque temps après, en 2005 ou 2006, les choses étaient déjà différentes. La nourriture à l’école s’était nettement améliorée, d’ailleurs il y avait des places disponibles, et, en même temps, on créait des espaces pour les gamins ; c’était le début des programmes qui sortiraient des milliers de gens de la carte de la faim, attirant l’attention du monde et causant un impact national.

Les emplois sont apparus, des tas. J’ai vu aussi ma maison changer, s’améliorer, évoluer. Je voyais toujours plusieurs de mes copains se mêler à la vente au détail de stupéfiants pour faire de l’argent dans la favela, mais j’ai vu aussi des innovations incroyables, telles que les #LanHouses pour  avoir l’accès à internet, et oui, cela était important, j’ai vu les gars de la favela accéder au pouvoir d’achat. J’ai vu grandir le nombre d’habitants qui pouvaient s’acheter des motos, par exemple, et les transformer en un des outils les plus puissants pour la mobilité urbaine, un outil qui générait un revenue direct pour l’habitant, avec le boulot de mototaxi.

J’ai vu les gars occuper les universités, les espaces publics, et chaque petit coin de tout ce que l’élite non seulement considérait sien de plein droit auparavant, mais faisait tout pour nous empêcher d’y accéder (ce qui par ailleurs continue de se produire).  

Je m’y suis plongé aisément, sous le charme de l’internet, et nous, les habitants de la favela, tout à coup nous tous pouvions nous acheter un téléphone portable, un ordinateur, essayer l’internet de bonne qualité. J’ai pu accéder à l’éducation alternative avec les projets sociaux mis en œuvre ici dans la favela, et aussi à l’éducation formelle à l’école et sur internet. Un  moment donné, j’ai connu un peu plus sur les droits, la communication et tout ce que l’on voit ensemble dans mon travail d’aujourd’hui, où plusieurs de vous me demandent à chaque seconde des tuyaux, du boulot, un mot d’ami, une réflexion, un atelier, une conférence, un cours magistral, des tas de choses !

Et on ne parle ici que de RJ (Rio de Janeiro), ville toujours sous les spots, et de la célèbre ville de Sampa (Sao Paulo). Imaginez dans les autres états du pays, ignorés auparavant, et qui ont commencé à avoir accès à des repas dignes, de l’eau, du respect, et où des femmes fortes, guerrières, ont trouvé un peu plus de soutien direct pour mieux entretenir leurs foyers, leurs enfants.

Je ne mets pas TOUT sur le compte de LULA, mais sans lui c’est sûr et certain que RIEN de tout cela ne se serait jamais produit.

Nous ne pouvons pas demander aux gens qu’ils s’en souviennent, dans un pays où les formateurs d’opinion au niveau national font partie des médias opportunistes et hégémoniques dédiés plutôt à exploiter qu’à informer, et qui se renforcent lorsque coule le sang des gens des favelas. 

Ces gens-là ne s’en souviendront pas, ils n’avaient pas faim et ils se sont indignés quand les gars et les nanas de la favela ont commencé à étudier dans les mêmes classes que leurs fils et filles. 

Mais je peux dire que JE N’OUBLIE PAS et JE N’OUBLIERAI JAMAIS tout ce qui a changé dans ma maison, dans mon parcours, dans ma tête et dans mon attitude d’aujourd’hui, de m’assumer, d’être fier et de lutter pour la FAVELA.

La tête haute, les poings serrés, j’observe le peuple qui crie contre soi-même et applaudit l’oppresseur et marche en chantant vers un avenir de « camp de concentration ». Mais il ne s’agit pas d’une défaite :  cela montre simplement qu’il reste encore beaucoup à faire contre la lâcheté historique de ce pays. 

L’histoire montrera les faits. Je sais que mes enfants connaitront de ma propre bouche cette histoire dans laquelle nous avançons, avec honneur, la tête haute, pour affronter, jusqu’au dernier moment, ceux et celles qui ne grandissent qu’en marchant sur les autres ou en les rabaissant. 

Source (en Portugais): http://midianinja.org/raullsantiago/raull-santigo-minha-historia-com-luiz-inacio-lula-da-silva/

 

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