Manuel Castells : Lettre ouverte aux intellectuels du monde

FRANÇAIS / PORTUGUÊS

BRESIL, Défendre une démocratie agressée

Un candidat d’extrême-droite, nostalgique des années de la dictature militaire est arrivé en tête au soir du premier tour des présidentielles brésiliennes, dimanche 7 octobre. 

Cette annonce a créé une onde de choc chez les amis du Brésil et les démocrates du monde entier. Le sociologue espagnol, professeur à l’Université Berkeley de Californie, Manuel Castells, a réagi en adressant une lettre ouverte aux intellectuels du monde. Il leur demande de réagir personnellement, par lettre, message téléphonique, contacts divers pour faire savoir leur indignation et appeler au refus de l’abjection.

Ci-dessous la traduction (de Jean Jacques Kourliandsky) de cette lettre:

Amis intellectuels et démocrates conséquents :

Le Brésil est en danger. Et au delà du Brésil le monde. Depuis l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis, la prise de pouvoir d’un gouvernement néo-fasciste en Italie, la montée en puissance du néonazisme en Europe, le Brésil peut élire président un fasciste, défenseur de la dictature militaire, misogyne, sexiste, raciste, et xénophobe. Il a obtenu 46% des suffrages au premier tour des élections présidentielles. 

Peu importe le nom de celui qui lui est opposé. Fernando Haddad, unique alternative possible, est un universitaire respectable et modéré, candidat du Parti des Travailleurs (PT), parti aujourd’hui affecté par sa participation à la corruption généralisée du système politique brésilien. Mais la question posée n’est pas celle du PT, c’est celle de la présidence d’un Bolsonaro qui est capable de dire publiquement à une députée qu’elle « ne mérite d’être violée par lui ». Ou que le problème de la dictature n’est pas d’avoir pratiqué la torture, mais de ne pas avoir tué au lieu de torturer.

Face à une telle situation, aucun intellectuel, aucun démocrate, aucune personne responsable dans notre monde, ne peut rester indifférente. Moi, je ne représente à personne d’autre que moi-même. Je ne soutiens aucun parti politique. Mais je crois qu’il y a là un cas de défense de l’humanité. Si le Brésil qui est un pays décisif en Amérique latine tombe dans les mains de ce personnage abject et détestable, et des pouvoirs de fait qui le soutiennent, les frères Koch en particulier, nous serions précipités encore plus bas dans la désintégration de l’ordre moral et social de la planète que ce à quoi on a pu assister.

C’est pour cela que j’écris à tous ceux que je connais et à ceux que j’aimerai connaître. Je ne leur demande pas qu’ils signent cette lettre comme s’il s’agissait d’un manifeste dicté par des politiques. Mais pour demander à chacun d’entre vous de faire connaître publiquement et en termes personnels son attente d’une participation active au deuxième tour des élections présidentielles du 28 octobre, notre soutien au vote anti- Bolsonaro, argumenté de la façon dont chacun voit les choses. Et en diffusant votre lettre via vos canaux personnels, réseaux sociaux, moyens de communication, contacts politiques, sous quelque format permettant la diffusion de notre protestation contre l’élection du fascisme au Brésil.

Nous sommes nombreux à avoir des contacts au Brésil, ou à avoir des contacts ayant des contacts. Contactons les. Un whatsapp est suffisant, ou un appel téléphonique. Pas besoin de hashtag. Nous sommes des personnes, des milliers, et même des millions potentiellement dans le monde et au Brésil. Parce que dans notre vie nous avons acquis par nos luttes et notre intégrité une certaine autorité morale, utilisons-la aujourd’hui avant qu’il ne soit trop tard.

Je vais le faire, je suis en train de le faire. Simplement je vous demande à chacun ou à chacune de faire ce qu’il peut.

Carta aberta aos intelectuais do mundo

O Brasil está em perigo: pode eleger um presidente fascista, defensor da ditadura militar, misógino, sexista, racista e xenófobo

Manuel Castells

EL PAIS  11 / 10 / 2018

Amigos intelectuais comprometidos com a democracia:

O Brasil está em perigo. E, com o Brasil, o mundo. Porque após a eleição de Trump, a tomada do poder por um Governo neofascista na Itália e a ascensão do neonazismo na Europa, o Brasil pode eleger um presidente fascista, defensor da ditadura militar, misógino, sexista, racista e xenófobo, que obteve 46% dos votos válidos no primeiro turno das eleições presidenciais. Não importa quem seja seu oponente. Fernando Haddad, a única alternativa possível, é um acadêmico respeitável e moderado, candidato do PT, um partido hoje desprestigiado por ter participado da corrupção generalizada do sistema político brasileiro.

Mas a questão não é o PT, e sim uma presidência de um Bolsonaro capaz de dizer a uma deputada, em público, que “não merecia ser estuprada por ele”. Ou que o problema da ditadura não foi tortura, e sim que não tenha matado mais em vez de torturar. Em tal situação, nenhum intelectual, nenhum democrata, nenhuma pessoa responsável no mundo em que vivemos pode permanecer indiferente. Não represento ninguém além de mim mesmo. Não apoio nenhum partido. Simplesmente acredito que seja um caso de defesa da humanidade, porque se o Brasil, o país decisivo da América Latina, cair nas mãos deste desprezível e perigoso personagem e dos poderes fáticos que o apoiam, os irmãos Koch entre outros, teremos nos precipitado ainda mais na desintegração da ordem moral e social do planeta a qual estamos presenciando.

Por isso escrevo a todos vocês, àqueles que conheço e aos que gostaria de conhecer. Não para que subscrevam esta carta como se fosse um manifesto aos ditames dos políticos. E sim para pedir que cada um torne pública e, em termos pessoais, sua petição para uma participação ativa no segundo turno das eleições presidenciais em 28 de outubro, e nosso apoio contra o voto em Bolsonaro, argumentando, segundo a opinião de cada um, e divulgando sua carta por meio de seus canais pessoais, redes sociais, meios de comunicação, contatos políticos, qualquer formato que transmita nosso protesto contra a eleição do fascismo no Brasil. Muitos de nós temos contatos no Brasil, ou temos contatos que têm contatos. Contatemo-los. Uma mensagem por WhatsApp é suficiente ou uma chamada telefônica pessoal.

Não precisamos de uma hashtag. Somos pessoas, milhares, potencialmente falando para milhões, no mundo e no Brasil. E, como ao longo de nossa vida adquirimos, com nossa luta e integridade, uma certa autoridade moral, vamos utilizá-la neste momento antes que seja tarde demais. Farei isso, já estou fazendo. E simplesmente rogo para que cada um faça o que puder.

Manuel Castells é sociólogo.

Source: https://brasil.elpais.com/brasil/2018/10/10/opinion/1539160088_843725.html

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