Manifeste du hip-hop contre Bolsonaro : Mano Brown, Marcelo D2, Criolo, Emicida, Tássia Reis, BNegão…

Avec D2, Criolo et Rincon, les rappeurs lancent un manifeste contre Bolsonaro

Des artistes du hip-hop national demandent le mantien de la démocratie et accusent le capitaine reformé de défendre l’autoritarisme

Clara Cerioni (traduction pour le Français : Collectif Alerte France Brésil )

Sao Paulo — Les principaux représentants du rap brésilien ont lancé jeudi dernier (18) un manifeste contre la candidature de Jair Bolsonaro (PSL) à la présidence de la République et pour la démocratie.

Sous la devise “le hip-hop a toujours eu son côté”, des artistes tels que Marcelo D2, Criolo, Emicida, Rincon Sapiência, Mano Brown, Tássia Reis, BNegão, entre autres noms de la scène musicale, accusent le capitaine reformé de l’armée de défendre l’autoritarisme et d’encourager des atrocités contre des minorités.

« Parmi plusieurs atrocités, Jair Bolsonaro soutien que les policiers aient le droit de tuer sans en rendre comptes à la sociéte. Il déclare sans gêne et sans pudeur que les femmes noires ne sont pas dignes de se marier. Il fait reférence aux quilombolas [NT : descendants d’esclaves en fuite qui ont crée, à lépoque de l’esclavage, des communautés appelés quilombos] comme s’ils étaient du bétail. Il défend la fin de droits durement acquis par les employées domestiques. […] Ici, la majorité absolue des victimes sont des noirs qui habitent la banlieue. Croyez-vous que cela a du sens ? Refléchissez sérieusement : est-ce le pays où vous voulez vivre ? », dit le texte.

Sur le site RapPelaDemocracia, les artistes demandent à leurs fans de signer le manifeste. Jusqu’ici, la plateforme a déjà 3.275 signatures.

« L’amour qui émane du hip-hop a donné force aux noirs, aux pauvres, aux femmes et à la communauté LGBT. Bolsonaro agit directement contre ces personnes. Il représente une menace à nos valeurs. »

Manifeste demande aux gens de ne pas annuler le vote
Un des messages transmis par les artistes parle des conséquences d’annuler le vote au deuxième tour des élections (28 octobre). « En raison de l’opposition contre un parti, voter blanc ou annuler le vote devient une option pour certains. Cela est dangereux », dit le manifeste.
D’après les rappeurs, le but de la proposition n’est pas de faire campagne ni d’ignorer les affaires de corruption, mais de défendre le régime démocratique. « Nous ne sommes pas venus faire campagne, ni ignorer la corruption. Mais ces élections ont un rapport avec les valeurs fondamentalles de notre démocratie, et nous voulons pouvoir éxiger du gouvernement qui sera élu que ces valeurs soient respectées. Pour ce faire, la démocratie est nécessaire et indispensable ».

Lisez l’intégralité du manifeste

 

Lisez l’intégralité du manifeste

“Le Rap et la culture hip hop sont nés de la vie en commun de communautés d’immigrants jamaïcans, Afrodescendants d’autres origines, latinos et chinois installés dans le quartier du Bronx, à New York. Cette culture est dévenue l’outil le plus important de communication, expression et divertissement des nôtres. Plus encore que musique et divertissement, le hip hop est un instrument d’expression et transformation intérieure pour les jeunes, qui expose la violence du racisme, de l’autoritarisme et de la repression.

Au Brésil, le hip hop a developpé sa propre culture et sa propre vocation, en ouvrant les esprits, les coeurs, et en assurant un environnement de liberté et appartenance à des personnes auparavant exclues par la société. De ce fait, une nouvelle forme de musique populaire brésilienne est née, et avec elle une nouvelle arme pour le peuple : le microphone. En raison de cette trajectoire et de tant d’histoires personnelles qu’elle contient, il est incontestable : le hip hop a toujours eu son côté.

Plusieurs parmi vous ne savent pas ce qui est de ne pas avoir le droit de s’exprimer. C’était la règle pendant la longue période de la dictature au Brésil. Dans cette élection, un candidat idolâtre ouvertement cette sombre période, et nous ne pouvons pas revenir en arrière. Parmi plusieurs atrocités, Jair Bolsonaro soutien que les policiers aient le droit de tuer sans en rendre comptes à la société. Il déclare sans gêne et sans pudeur que les femmes noires ne sont pas dignes de se marier. Il fait reférence aux quilombolas [NT : descendants d’esclaves en fuite qui ont crée, à lépoque de l’esclavage, des communautés appelés quilombos] comme s’ils étaient du bétail. Il plaide en faveur de la fin de droits durement acquis par les employées domestiques. En raison surtout de son héritage du régime partisan de l’esclavagisme, le Brésil est l’un des pays les plus inégalitaires et avec les chiffres les plus élevés de morts par les agents des forces de police. Ici, la majorité absolue des victimes sont des gens noirs qui habitent les banlieux. Croyez-vous que cela a du sens ? Refléchissez sérieusement : est-ce le pays où vous voulez vivre ?

En raison d’une opposition contre un parti, voter blanc ou annuler le vote devient une option pour certains. Cela est dangereux. Nous ne sommes pas venus faire campagne, ni ignorer la corruption. Mais ces élections ont un rapport avec les valeurs fondamentalles de notre démocratie, et nous voulons pouvoir éxiger du gouvernement qui sera élu que ces valeurs soient respectées. Pour ce faire, la démocratie est nécessaire et indispensable.
Aujourd’hui, annuler le vote ou voter blanc, c’est ouvrir la voie vers l’autoritarisme. Par conséquent, le vote en 2018 est le plus important de notre histoire. Nous avons à peine quelques semaines et une seule option pour le deuxième tour. La décision sur notre prochain président est dans nos mains. Il est essentiel de choisir un candidat qui n’achève pas la démocratie.

Les discours de Jair Bolsonaro sont irresponsables et heurtent notre sens critique et notre intelligence. Son incompétence politique et administrative est tellement évidente qu’il fuit pour ne pas faire face aux débats, et il n’a pas de plan de gouvernement. Il est fort improbable qu’il réussisse à réunir des professionnels suffisament qualifiés pour résoudre la grave crise que le Brésil traverse en ce moment. Ses déclarations et ses actes créent un climat d’instabilité qui affectera notre vie personnelle et nos affaires. Ce type-là n’est pas de notre côté, ni du côté du Brésil.

L’amour qui émane du hip-hop a donné force aux noirs, aux pauvres, aux femmes et à la communauté LGBT. Bolsonaro agit directement contre ces personnes. Il représente une menace à nos valeurs.

En raison de tout cela, nous vous appelons, vous, qui faites partie du hip hop. Jair Bolsonaro représente une menace mortelle à nos valeurs. En quatre ans, il est possible de rétrograder 500 ans. Nous ne pouvons pas élire le candidat qui veut revenir en arrière. S’il le veut, qu’il fasse tout seul son voyage vers le passé. La machine du temps du Hip Hop regarde toujours vers l’avenir. N’annulez donc pas votre voix. Votez correctement et parlez en avec les gens. Expliquez ce qui est en jeu et les gens vont comprendre. Il est encore temps ! »

Source (en Portugais): exame.abril.com.br

Site internet Rap pela Democracia: http://rappelademocracia.com

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