Au bord de la barbarie il ne peut y avoir aucune hésitation !

FRANÇAIS / PORTUGUÊS ( texto original abaixo: “À beira da bárbarie não pode haver hesitações”)

Au bord de la barbarie il ne peut y avoir aucune hésitation

Pr Plínio Prado
Chères amies, chers amis,
Comme nous le savons tous, il se passe actuellement quelque chose de sans précédent et de très inquiétant au Brésil, et qui engage également l’Amérique latine et le monde.

Nous sommes tous submergés en ce moment par des histoires d’horreur vérifiables qui nous parviennent en continu par tous les canaux : fractions de la population empêchées de voter (pauvres et précaires pour la plupart), passages à tabac, marquage des corps, livres sur les droits humains déchirés à la bibliothèque de la l’Université nationale de Brasília, meurtres…, un déchaînement des « violences électorales » est en train de terroriser le pays et paralyser beaucoup d’entre nous (voir la carte des violences électorales 2018 : http://mapadaviolencia.org/). Nous paralysant même, parfois, dans ce qui fait notre force propre : l’exercice du discours, le travail des mots, l’art du langage.

Pendant ce temps, le candidat à la présidence de la République donné actuellement comme favori par les sondages — et qui semble être le candidat des instances judiciaires « supérieures » (Tribunal Suprême Fédéral, Tribunal Supérieur Électoral, Ministère Public…) qui devraient « normalement » être au-dessus des partis en compétition électorale—, candidat qui est directement responsable de fomenter la violence qui règne en ce moment dans les rues brésiliennes (voir le nouveau jeu vidéo « Bolsomito », où « vous pouvez utiliser un camion pour foncer » sur des femmes, des Noirs, des Nordestinos(la population du Nord-Est), des sans-abri, des homosexuels), — eh bien, ce candidat favori, donc,se dérobe aujourd’hui au débat public contradictoire, moment de confrontation important dans toute délibération démocratique. Sans que cela ne semble poser aucun problème aux organes « suprêmes » censés veiller à la régularité et à la légitimité du processus électoral.

 

Comment l’entendre alors, par exemple à propos de son programme anti-écologique(fin du ministère de l’Environnement, alliance avec le lobby de la viande, etc.) et génocidaire (permis de faire la chasse aux « posseiros[paysans agriculteurs qui occupent des terres inutilisées de l’État], indiens et quilombolas[communautés créées par des esclaves noirs] ») ? Comment savoir ce qu’il pense de la question, vitale aujourd’hui, de la « spirale de sécheresse connue sous le nom de “die-back” » ?
Détournement pervers du principe de démocratie :les sondages qui indiquent le capitaine à la retraite comme le favori à la Présidence, l’encouragent à poursuivre exclusivement (et impunément) sa stratégie d’intoxication à travers les réseaux sociaux, et à éviter de s’exposer au fiasco public d’une confrontation argumentée entre des discours opposés. Ce sabotage du débat public expose une nouvelle fois au grand jour le complet mépris anti-lumières pour la démocratie dite élémentaire et la culture de la discussion, au profit de la suprématie d’une violence verbale et physique primaire (avec les effets que nous sommes en train de constater et de subir), illustrée par le geste d’imiter un revolver avec ses doigts (devenu son image de marque copiée un peu partout) et célébrée dans l’apologie de la force et de la torture d’État (« Quand j’entends parler de culture, je sors mon arme »…). Dans l’ambiance actuelle de banalisation du mal, il convient peut-être de rappeler que la torture est condamnée comme crime contre l’humanitépar la Cour pénale internationale (dont le traité a été signé d’ailleurs par le Brésil).

Et pourtant, d’autre part, Jair Bolsonaro, sa famille et ses partisans, continuent à fomenter et à participer activement, publiquement, à une autre forme de violence encore : celle de la prolifération stupéfiante de fake newsabjectes (un exemple, parmi des milliers d’autres : l’adultération obscène des images de la manifestation mondiale, du 29 septembre, de millions de Femmes Contre Bolsonaro, « Ele Não», « Pas Lui », « Lui, Jamais »). Ils violent donc ouvertement le Code Électoral, sous le regard complaisant du Tribunal Supérieur Électoral. On sait que l’un des traits du fascisme, c’est sa connivence avec la délinquance.

De là le sentiment, révoltant, de ce que nous savions déjà pourtant : que nous ne sommes pas exactement en train de vivre un processus électoral démocratique, mais qu’ils sonten train d’essayer de nous imposer aujourd’hui un président — qui n’est pas n’importe lequel, mais la personnification du courant militariste d’extrême droite, synonyme d’une régression civilisationnelle monstrueuse, dans tous les sens du terme.

(Il n’y a qu’un quotidien comme Folha de São Paulo, « le plus grand quotidien du Brésil », qui apparemment n’a pas encore compris cela, qui recommande à ses journalistes de ne pas utiliser le terme « extrême droite » lorsqu’on se réfère au capitaine mythomane.)Question : Bolsonaro est-il déjà au pouvoir ?C’est en tout cas ce que disent les pauvres sans abri du centre de São Paulo, qui voient en ce moment leurs documents être confisqués par la police : « Depuis que Bolsonaro a pris le pouvoir… » (Au moment où j’écris ces lignes, on m’apprend que les magistrats du Tribunal de Justice de São Paulo viennent d’annuler la peine du colonel Ustra, l’exécrable tortionnaire de la dictature militaire qui avait été condamné en première instance à indemniser la famille d’un journaliste torturé et mort dans les caves du « Département d’Opérations d’Information » dont il était le chef :Magistrados ignoram testemunhas e citam laudo forjado da ditadura …Le colonel Ustra est encensé aujourd’hui, publiquement, par le capitaine Bolsonaro et par son vice-président, le général Mourão.)

Je suppose qu’ici, à l’heure qu’il est (et dans les limites d’un courrier électronique), il ne convient pas de s’engager dans l’analyse des ingrédients fascisants acclimatés par le bolsonarisme au contexte brésilien actuel (et en particulier la farce qui consiste à assimiler tout ce qui concerne l’État de droit àun « communisme » imaginaire, dans un décor fictif de Guerre froide qui en réalité n’existe plus depuis 30 ans). Je voudrais juste expliciter certaines conséquences de ce qui vient d’être esquissé, et les partager ici avec vous, dans la perspective du second tour des élections, le 28 octobre prochain.

1. De ce qui précède, il résulte que les deux candidats du second tour, Bolsonaro et Haddad, ne sont pas deux candidats équivalents,comparables, comme le seraient deux projets politiques qui s’opposeraient à l’intérieurd’un processus démocratique, dans le style par exemple de l’opposition traditionnelle « gauche/droite ». Puisque le premier se montre, dans ses déclarations et dans ses actes, au long de toute sa campagne, totalement hostile à l’institution démocratique ; il prétend se situer au-dessus ou en dehors de celle-ci, et ne cesse de la torpiller à tous les niveaux, par tous les moyens. Ce qui n’est évidemment pas le cas de Fernando Haddad, qui joue et a toujours joué le jeu de la démocratie (d’ailleurs, quelle que soit la haine anti-petista[envers le Parti des Travailleurs] accumulée ces dernières années, il est impossible de ne pas reconnaître que ni Lula, ni Dilma Rousseff n’ont jamais remis en cause l’État de droit).

Il s’ensuit qu’il n’est pas exagéré de dire, avec plusieurs analystes internationaux, que nous sommes en fait devant une confrontation entre, d’un côté, les valeurs fondamentales de la civilisation(culture de la discussion, de l’argumentation, des droits et libertés élémentaires, de la différence, du respect de la vie et de la terre…) et, de l’autre côté, la vieille barbarie(primauté de la force sur le droit, culte de l’irrationalité, intolérance à l’égard des différences, banalisation du mal, obscurantisme, aversion de la culture… « Personne ne veut savoir d’un jeune avec sens critique », a déjà décidé le capitaine).

2. Conséquence :chaque opération qui dissimule cette non-équivalenceentre les candidats, qui occulte cette dissymétrie radicale (comme on le voit tous les jours dans les médias grand public), tend à minimiser le danger que représente aujourd’hui Jair Bolsonaro. Et réciproquement : minimiser cette menace, c’est rétablir la fiction de l’équivalence entre Bolsonaro et Haddad, dissimuler leur hétérogénéité radicale. À ce stade, l’immense haine envers le Parti des Travailleurs induit à l’erreur fatale : croire que les deux candidats sont deux opposants équivalents (et donc, minimiser le danger). Tout le monde sait que c’est sur cette haine et sur cette croyance que la fascisation bolsonariste surfe sans complexe.

Il est par conséquent urgent d’empêcher(autour de nous, à travers tous les moyens de communication…)que la haine anti-Parti des Travailleurs serve à justifier l’injustifiable, à cautionner le fascisme ascendant, à endosser la barbariequi est en train de venir, qui a déjà commencé à terroriser, à charger et à tuer des électeurs et des électrices. Convaincre autour de nous, parents et amis, des concitoyennes et des concitoyens, que l’on est en train de banaliser le mal, de manière légère et hautement irresponsable, et que le danger actuel est incommensurableavec toute la haine que l’on peut imaginer et nourrir envers le Parti des Travailleurs.

3. Enfin, si Bolsonaro et Haddad ne sont pas assimilables, commensurables, alors il ne peut pas y avoir d’hésitation le 28 octobre. Un article de F. Assis dans le journal portugais Públicorésume bien la situation : « Haddad, c’est aujourd’hui plus que Haddad, c’est plus que le PT[Parti des Travailleurs], c’est plus que le Brésil [car ce qui est en jeu concerne l’Amérique latine et finalement le monde entier]. Haddad est le symbole de la lutte de la raison critique contre l’obscurantisme, de la liberté contre le despotisme, de l’aspiration égalitaire face au culte des hiérarchies à base biologique ou sociale. » « Assimiler Haddad à Bolsonaro est un acte moral et politiquement inqualifiable. Quiconque le fait, devient complice de Bolsonaro et de son vertige proto-fascisteC’est pourquoi il ne peut y avoir aucune hésitation à ce moment de l’histoire du Brésil et, d’une certaine manière, de l’histoire de l’Humanité elle-même. »(« Um canalha à porte dp Planalto », https://www.publico.pt/2018/10/11/mundo/opiniao/um-canalha-a-porta-da-planalto-1847097)

4. Cela concerne également, et éminemment, Fernando Henrique Cardoso[sociologue reconnu et lui-même ex-président de la République de 1995 à 2003], lequel, avec d’autres politiciens, hésite en ce moment et est donc en train de freiner la proposition d’un grand Front démocratique apte à barrer l’avancée de la vague immonde.

L’article cité anticipe la « Lettre ouverte de spécialistes en sciences sociales et d’historiens internationaux » adressée aujourd’hui à Fernando Henrique Cardoso (https://www.diariodocentrodomundo.com.br/essencial/carta-aberta-social-cientists-and-historians -international-a-fernando-henrique-cardoso /): « Fernando Henrique Cardoso a l’obligation absolue de prendre la parole à un moment décisif de la vie de son pays … Son passé lui confère une responsabilité spéciale dans les circonstances historiques actuelles. Fernando Henrique Cardoso a l’obligation morale de soutenir Haddad. S’il ne le fait pas, il va se rapetisser devant ses contemporains et surtout devant les futurs historiens du Brésil. »

5. Corollaire :choisir de voter blanc, d’annuler son vote ou de ne pas voter, signifie en pratique jouer le jeu du candidat favori dans les sondages, devenir son complice : laisser le capitaine Jair Bolsonaro accéder à la tête de l’État.

À cette offensive fascisante, nous avons le devoir inconditionnel de opposer une résistance résolue. Au bord de la barbarie il ne peut y avoir aucune hésitation.

Amitiés solidaires à toutes et à tous,

«C’est dans la lutte que nous nous rencontrons. »*

Plínio Prado

*Na luta é que a gente se encontra.La phrase est extraite du samba à thème de Mangueira, prévu pour 2019. Il raconte l’histoire de deux siècles d’oppression et de luttes du peuple pour son émancipation, Noirs, femmes, Nordestinos, métis. Il rend hommage, plus près de nous, à Marielle Franco, la jeune élue municipale issue de la favela et devenue auteure d’un beau master de recherche en sciences sociales ; militante des droits et espoir d’une pratique politique autre, critique, elle est morte assassinée le 14 mars de cette année. Deux députés du parti de Bolsonaro (PSB) ont essayé récemment de la tuer une deuxième fois, en vandalisant et brisant devant leurs partisans une plaque en hommage à la jeune femme noire militante.

Photographie réalisée par un inconnu de la bibliothèque de Holland House, Kensington, lors du Blitz à Londres, en septembre 1940, après l’un des premiers bombardements allemands en Grande Bretagne.
Plínio W. PRADO JrDocteur d’État – Maître de conférences directeur des recherches Département de Philosophie | Université de Paris 8 – Vincennes à Saint Denis; Laboratoire Logiques contemporaines de la Philosophie – EA 4008. E-mail : [email protected]

PORTUGUÊS

Envoyé le : Jeudi 18 octobre 2018 15h13 Objet : À beira da bárbarie não pode haver hesitações

À beira da bárbarie não pode haver hesitações

Caras amigas, caros amigos,

Como todos sabemos, está acontecendo neste momento algo sem precedente e muito inquietante no Brasil, e que engaja também a América latina e o mundo.

Todos nós estamos sendo submergidos por histórias de horror verificaveis que nos chegam ininterruptamente por todos os canais : frações da população impedidas de votar (pobres na maioria), espancamentos, esfolamentos, livros sobre direitos humanos rasgados na biblioteca da UnB, assassinatos…, um desencadeamento de « violência eleitoral » aterrorizando o país e paralisando muitos de nós (ver o mapa da violência eleitoral 2018 : http://mapadaviolencia.org/). Nos paralisando inclusive, às vezes, no que faz a nossa força própria : o exercício do discurso, o manuseio das palavras, a arte da linguagem.

Enquanto isso, o candidato à Presidência apontado neste momento como favorito pelas pesquisas, e que tudo indica ser o candidato dos órgãos judiciários « superiores » (STF, TSE, MP…) que deveriam « normalmente » estar acima da disputa eleitoral, candidato responsável diretamente por fomentar [promover, incitar, estimular, entretenir] a violência que está correndo nas ruas brasileiras (ver o novo videogame « Bolsomito », onde « você pode usar um caminhão para passar em cima » de mulheres, negros, nordestinos, sem-teto, gays), — esse candidato favorito, então, se esquiva hoje do debate público contraditório, momento de confrontação importante de toda deliberação democrática. Sem que isso não pareça colocar problema algum para os órgãos « supremos » supostos assegurar a regularidade e a legitimidade do processo eleitoral.

Como ouvi-lo, por exemplo, a propósito de seu programa antiecológico (fim do Ministério do Meio Ambiente, aliança com o lobby da carne, etc.) e genocidiário (licença para caçar « posseiros, índios e quilombolas ») ? Como saber o que ele pensa da questão vital hoje da « espiral de ressecamento conhecida como “die-back” » ?
Deformação [desvio] perversa do princípio de democracia : as pesquisas apontando o capitão reformado como favorito, encorajam-no a continuar exclusivamente (e impunemente) na estratégia de intoxicação através das redes sociais, e a evitar de se expor ao fiasco público de uma confrontação argumentada de discursos [entre discursos opostos].

Essa sabotagem do debate público escancara de novo o completo desprezo anti-iluminista pela democracia dita elementar e pela cultura da discussão, em prol da supremacia da / de uma violência primária verbal e física primárias (com os efeitos que estamos constatando e sofrendo), emblematizada pelo gesto de dar tiros e celebrada na apologia da força e da tortura de Estado (« Quando ouço falar em cultura, saco a minha arma »…). Contra o ambiente atual de banalização do mal, convém talvez lembrar que a tortura é condenada como crime contra a humanidade pela Corte Penal Internacional (dont le traité est signé par le Brésil).

E todavia, por outro lado, Jair Bolsonaro, sua família e seus apoiadores, fomentam e participam ativamente, publicamente, de uma outra forma ainda de violência : a da proliferação alucinante de fake news abjetas (um exemplo, entre milhares de outros : a adulteração obscena das imagens da manifestação mundial de 29 de setembro de milhões de Mulheres Contra Bolsonaro, « EleNão »). Violando assim abertamente o Código Eleitoral, sob o olhar complacente do TSE. Um dos traços do fascismo histórico, como se sabe, é a sua conivência com a deliquência.

Disso tudo decorre o sentimento, revoltante, do que entretanto já sabíamos : de que não estamos vivendo exatamente um processo democrático de eleição, mas de que estão tentando nos impor hoje um presidente — que não é qualquer um, mas a personificação da corrente militarista de extrema direita, sinonimo de um retrocesso civilizacional monstruoso, em todos os sentidos do termo. (Só um jornal como a Folha de São Paulo / O maior jornal do Brasil parece ainda não compreender isso, que recomenda aos seus jornalistas que não utilizem o qualificativo « extrema direita » quando tratam do / se referem ao capitão mitômano.)

Questão : Bolsonaro já está no poder ? É em todo o caso o que estão dizendo os pobres sem-teto no centro de São Paulo, que estão tendo os seus documentos confiscados pela polícia : « Depois que o Bolsonaro assumiu… » (No momento em que escrevo estas linhas, me informam que os magistrados do Tribunal de Justiça de SP acabam de isentar o execrável torturador Ustra, idolatrado por Bolsonaro e Mourão / (Au moment où j’écris ces lignes, on m’apprend que les magistrats de la Cour de Justice (TJ) de São Paulo viennent d’annuler la peine du colonel Ustra — l’exécrable tortionnaire de la dictature militaire, idolâtré par le capitaine Bolsonaro et par son vice, le général Mourão — qui avait été condamné en première instance à indemniser la famille d’un journaliste torturé et mort dans les caves du « Département d’Opérations d’Information » dont il était le chef : : Magistrados ignoram testemunhas e citam laudo forjado da ditadura … )

Suponho que aqui, a esta altura (e nos limites de um e-mail), não convenha enveredarmos na análise dos ingredientes fascizantes acomodados pelo bolsonarismo ao atual contexto brasileiro (e em particular a farsa que consiste em assimilar tudo o que concerne ao Estado de Direito a um « comunismo » imaginário, num ambiente fictício de Guerra fria que na realidade não existe mais há 30 anos).

Eu gostaria somente de explicitar algumas consequências disso, e compartilhá-las aqui com vocês, tendo em vista o segundo turno do dia 28.

1. Do que acaba de ser evocado, decorre que Bolsonaro e Haddad não são dois candidatos equivalentes, equiparaveis, como seriam dois projetos políticos que se oporiam no interior de uma disputa democrática, como por exemplo a oposição tradicional « esquerda / direita ». Pôsto que o primeiro se mostra, em suas declarações e em seus atos, em sua campanha, se mostra totalmente hostil à instituição democrática, pretende se situar acima ou fora dela, e não cessa de torpedeá-la a todos os niveis, por todos os meios. O que não é o caso evidentemente de Fernando Haddad, que notoriamente sempre jogou o jogo da democracia (aliás, por maior que seja o ódio antipetista acumulado nestes últimos anos, é impossível não reconhecer que nem Lula, nem Dilma Rousseff nunca puseram em causa o Estado de Direito).

Segue-se daí que não é exagerado dizer, com vários analistas internacionais, que nós estamos diante de um confronto entre os valores básicos da civilização (cultura da discussão, da argumentação, da diferença…) e a barbárie (primado da força sobre o direito, intolerância com relação às diferenças, aversão à cultura… « Ninguém quer saber de jovem com senso crítico », já sentenciou o capitão).

2. Consequência : toda operação que dissimula essa não-equivalência entre os candidatos, que oculta essa dissimetria radical (como vemos cotidianamente ocorrer na grande mídia), tende a banalizar o mal, a minimizar o perigo representado hoje por Jair Bolsonaro. E vice-versa : minimizar a esta ameaça, é restabelecer a ficção da equivalência entre Bolsonaro e Haddad, ocultar sua heterogeneidade radical.
Neste ponto, o imenso ódio antipetista induz ao erro fatal : crer que os dois candidatos são dois oponentes equiparaveis (e portanto banalizar a ameaça). Todo mundo sabe que é sobre esse ódio e sobre essa crença que a fascização bolosonarista surfa sem complexo.
Por conseguinte, uma tarefa urgente é : impedir (em torno de nós, através de todos os meios de comunicação) que o ódio antipetista sirva para justificar o injustificável, caucionar o fascismo ascendente, endossar a barbárie que está por vir, e que já começou a aterrorizar, a agredir e a matar eleitoras e eleitores.

Convencer em torno de nós, parentes e amigos, concidadãs e concidadãos, que se está banalizando levianamente o mal, irresponsavelmente, e que o perigo atual é incomensurável com o todo ódio que se possa nutrir com relação ao PT.

3. Enfim, se Bolsonaro e Haddad não são equiparaveis, então não pode haver indecisões. Um artigo de F. Assis, no jornal portugês Público, resume bem a situação : « Haddad é hoje mais do que Haddad, é mais do que o PT, é mesmo mais do que o Brasil [pois o que está em jogo concerne finalmente ao mundo todo]. Haddad é o símbolo da luta da razão crítica contra o obscurantismo, da liberdade face ao despotismo, da aspiração igualitária diante do culto das hierarquias de base biológica ou social.

« Equiparar Haddad a Bolsonaro constitui um acto moral e politicamente inqualificável. Quem o faz torna-se cúmplice de Bolsonaro e da sua vertigem proto-fascista… É por isso que não pode haver hesitações neste momento da história do Brasil e, de uma certa maneira, da própria história da Humanidade. » (« Um canalha à porta do Planalto », https://www.publico.pt/2018/10/11/mundo/opiniao/um-canalha-a-porta-do-planalto-1847097)

4. Isso concerne também, e eminentemente, a Fernando Henrique Cardoso (que, entre outros políticos, tem hesitado e portanto freado o movimento de uma Frente Democrática Já). O artigo citado antecipa a « Carta Aberta de Cientistas Sociais e Historiadores Internacionais » a Fernando Henrique Cardoso, publicada hoje (https://www.diariodocentrodomundo.com.br/essencial/carta-aberta-de-cientistas-sociais-e-historiadores-internacionais-a-fernando-henrique-cardoso/) :
« Fernando Henrique Cardoso tem a absoluta obrigação de se pronunciar num momento decisivo da vida do seu país… O seu passado responsabiliza-o especialmente nas presentes circunstâncias históricas. Fernando Henrique Cardoso tem a obrigação moral de apoiar Haddad. Se o não fizer apoucar-se-á perante os seus contemporâneos e sobretudo diante dos futuros historiadores do Brasil. »
5. Corolário : optar por votar em branco, anular o voto ou não votar, significa na prática, fazer o jogo do primeiro colocado nas pesquisas, tornar-se cúmplice dele : deixar que Jair Bolsonaro aceda à chefia do Estado. A essa ofensiva fascizante, nόs temos o dever incondicional de opor uma resistência decidida. À beira da barbárie não pode haver hesitações.

Um abraço a todas e a todos.

Plínio Prado

« Na luta é que a gente se encontra. » (« Marielle presente », Estação Primeira de Mangueira 2019.)
Plínio W. PRADO Jr Docteur d’État – Maître de conférences directeur des recherches Département de Philosophie | Université de Paris 8 – Vincennes à Saint Denis Laboratoire Logiques contemporaines de la Philosophie – EA 4008 E-mail : [email protected]

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.