Interview d’Adolfo Pérez Esquivel après sa visite à Lula


Photo: Bernardino Avila

Le prix Nobel de la Paix est arrivé au Brésil le 14 août pour apporter son soutien à Lula.

Interview d’Adolfo Pérez Esquivel après sa visite à l’ex-président Lula, dans sa prison à Curitiba.

Publié sur Pagina12 le 26 août 2018

Traduction de l’espagnol en français par Nilce Furtado-Geoffroy, du Collectif Alerte France Brésil, le 30/08/2012

Après un long chemin depuis le centre de Curitiba pour rendre visite à Lula, Adolfo Esquivel est arrivé à la porte de la Surintendance de la Police Fédérale. « Dehors, sous la pluie, j´ai vu les Brésiliens du campement de soutien à Lula. Une fois à l’intérieur du bâtiment de la Police, on nous fait passer sous le détecteur de métaux, histoire de voir si nous ne portions pas d’arme, et on nous a pris nos téléphones portables », a raconté le prix Nobel de la Paix, une des rares personnes autorisées à rendre visite à l’ex-président brésilien, en dehors de sa famille et de ses avocats.

Pérez Esquivel était arrivé à la prison avec le chancelier brésilien Celso Amorim. Escortés par des policiers, ils ont pris l’ascenseur jusqu’au troisième étage, traversé le couloir jusqu’à une porte gardée par deux agents postés de chaque côté et sont entrés dans la cellule. « Lula m’attendait, il m’avait demandé de venir le voir. La cellule n’est pas large. Il y a un lit contre un mur, un tapis de course, une télévision, quelques livres, une petite table, une salle de bain et rien d’autre. Il y a encore une fenêtre qui ne donne sur rien. Lula était content parce qu´un peu plus tôt, sa famille était venue le voir. Ils lui avaient apporté des fruits, des livres et du linge. Ses journées sont rythmées par les visites. Parfois, il reçoit des amis ou des groupes de religieux, mais on ne le laisse jamais quitter sa cellule. ». L’ex-président est en prison depuis le 7 avril sur ordre du Juge Sérgio Moro qui l’a condamné pour suspicion de propriété illégale d’un appartement. Lula nie. Et aucune preuve tangible contre lui n´a été présentée.

« À peine entré, on s’est donné l´accolade. Et je lui ai fait savoir qu’il n’était pas seul, que, partout dans le monde, des gens le soutenaient », a raconté Esquivel à Página 12, dès son retour. Durant son long voyage, le défenseur des Droits de l’Homme a dénoncé la persécution politique faite à l’ex-président auprès de Celso Amorim, (Ministre des Relations Internationales 2003-2010) et de Fernando Haddad, (ex maire de la ville de São Paulo). Par ailleurs, Esquivel a rencontré Carmen Lucia, la présidente du Suprême Tribunal Fédéral du Brésil pour exiger la libération de Lula.

-Comment vous avez trouvé Lula ?

Je suis entré et on s´est donné l´accolade. Physiquement, il a l´air d´aller bien. Mais, il se sent isolé car il n´a pas droit à beaucoup de visites. On ne l’autorise pas de s’adresser à la presse ni à communiquer avec le monde extérieur. Ses droits politiques ont été suspendus. Lula est conscient de tout ça. Il sait que l’heure est à la résistance. Lui, à l’intérieur et nous autres, dehors. Ceux qui lui rendent visite lui disent qu’il n’est pas seul et que, partout dans le monde, des gens le soutiennent. Je l’ai trouvé aussi très lucide, politiquement parlant. Il sait que son cas est un cas isolé. Il profite de son emprisonnement pour lire les nombreux livres que lui apportent ses enfants et ses amis.

-Quelle est la principale inquiétude de Lula?

Il s´inquiète de la répression toujours plus violente, ainsi que des morts causés par la présence de l’armée dans les rues de Rio de Janeiro. Les menaces des généraux brésiliens qui affirment qu’ils sont prêts à un nouveau coup d’Etat si Lula est libéré l´inquiètent aussi beaucoup. Les partis de droite bloquent toute possibilité de retour de Lula au pouvoir. Il s’est montré aussi inquiet du danger imminent de recolonisation mise en œuvre dans nos pays par les politiques néolibérales comme, par exemple, la proposition de Temer de privatiser la Petrobrás.

Vous avez rendu visite à Lula le même jour où il a vu son colistier, Fernando Haddad.

Haddad est arrivé une demie-heure après nous et en est ressorti après nous. Je les ai écoutés parler des questions concernant le parti et l’organisation. Ils attendent maintenant que le Suprême Tribunal Electoral publie l’inscription de la candidature de Lula. Beaucoup de Brésiliens disent que si Lula ne peut se présenter aux élections, la fraude serait déclarée. C’est pourquoi Lula et Haddad cherchent déjà d´autres alternatives. Car ils sont conscients de ce qui se passe. Ils savent que, malgré la résolution des Nations Unies exigeant que l’on rende ses droits politiques à Lula, la Procureur générale ne compte pas obéir.


Lula a mentionné ce qui se passe dans la région ?

Oui. Il attire l’attention sur ce sujet, car il s’agit d’une politique continentale, avec la complicité des grands moyens de communication. Il s´en inquiète beaucoup. On a appliqué les mêmes méthodes pour lui qu´on applique maintenant à Cristina. Bonadío, c’est le Sérgio Moro de Cristina. Mêmes méthodes pour Cristina, pour Correa, ou pour le Venezuela. Les coups d’Etat au Honduras ainsi qu’au Paraguay. Le Brésil est maintenant sous état d’exception, où on ne respecte ni les droits constitutionnels ni les droits démocratiques.

Qu’a dit Lula sur la visite dans le pays de James Mattis, le secrétaire à la Défense des Etats Unis ?

Il a dit que sa venue au Brésil pour imposer ses conditions est une honte et que cette visite en ce moment précis n’est pas le fruit du hasard. Je rajouterais que l’empire ne s’est jamais habitué à nos printemps latino-américains. On les intriguait. Et ils ont commencé à faire des expériences pilotes pour neutraliser et détruire les mouvements populaires, car l’Amérique latine, pour l’empire, est toujours une réserve de biens et de ressources.

Comment s’est passé la rencontre avec la Présidente du Suprême Tribunal Fédéral du Brésil, Carmen Lúcia ?

Tout d’abord, je lui ai dit que Lula était un prisonnier politique et qu’il était innocent. Puis, je lui ai dit que l’arrestation de Lula est dûe à une action pour l’empêcher d´être candidat à la présidence du Brésil, car s´il était élu, le contexte latino-américain changerait. Elle a répondu qu’elle ne décidait pas seule, que la décision concernait un ensemble de juges, mais qu’elle allait leur transmettrait nos propos. J’ai beaucoup insisté sur la question de la prison politique de Lula, sur son innocence, et je lui ai demandé avec tout le respect, de revoir tout cela. J´ai relaté cette conversation à Lula qui m’a dit la chose suivante : « Je suis comme un chien, ici. Un chien en liberté il court. Moi, à présent je me bats entre ces quatre murs d’où je ne peux pas sortir ».

Comment Lula a t-il reçu le livre envoyé par le Pape ?

Le livre lui a été remis par Celso Amorim. Lula en a été très ému. Il l´a remercié et a ajouté : « Merci Celso. Lorsque tu sortiras, tu le montreras à tout le monde, car s´il reste ici, personne ne sera au courant. »

Source: Página/12

Traduction de l’espagnol en français, par Nilce Furtado-Geoffroy du Collectif Alerte France Brésil, le 30/08/2012

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